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mardi 28 avril 2009

Le pire soleil


Après ce sujet de sauces, replongeons dans notre étude de vocabulaire. Force est de constater qu'il y a matière, et ce n'est pas en quelques posts que j'épuiserai le sujet. Aujourd'hui, je vous propose de rentrer dans des particularités linguistiques plus subtiles, éteignez la télé et suivez bien. Encore une fois, n'hésitez pas à vous manifester si les petites expressions que je souligne ne sont en fait que des belgicismes cachés...

- "c'est égal" : pour signifier "c'est le même", "ça m'est égal".
On peut se voir mardi ou mercredi, c'est égal.

- "les deux" : assez déconcertant quand on l'entend la première fois ; signifie "à deux", "tous les deux" (marche aussi avec "les trois", "les quatre", etc).
Non mais commencez les deux, j'arriverai plus tard.

- "adieu" : utilisé pour dire bonjour. (?!) Encore plus déconcertant.
Adieu Etienne! ça joue?

- "ces temps" : pour "ces temps-ci", de même que "ces jours" pour "ces jours-ci". Peut donner des phrases assez drôles, du genre :
Il fait un temps, ces temps!

-"c'est tout bon" : signifie "tout est en ordre", "c'est ok". Par exemple, à un guichet ou dans une administration, si vous avez fourni tous les documents/informations nécessaires, on vous répondra par exemple :
Alors, c'est tout bon pour moi!

- "tout de bon" : formule d'adieu du style "bonne continuation". Vous paraitrez bien intégré si vous parvenez à la placer lors du pot d'adieu de votre collègue qui prend sa pension (ou mesure vraiment les effets de la crise). Et si vous arrivez à rajouter "bon retour" en faisant allusion à son trajet de retour sur la route (comme je vous l'ai appris précédemment), là vous marquerez vraiment des points.

- "le pire" : mon petit préféré, qui est en fait de l'argot de "djeun's". Il peut être utilisé à la fois comme adjectif et adverbe, et signifie "super", "trop". Ainsi, ne vous étonnez pas d'entendre des phrases du genre :
- Ouah, le pire look!
- Putain, aujourd'hui yavait le pire soleil! Il faisait pire chaud!
- Hé, ta soeur elle est pire cool. Euh... tsé si elle a un mec?
'

jeudi 26 mars 2009

Entre-deux

Je suis ravi de voir que mes articles de vocabulaire/prononciation suscitent autant d'intérêt! J'ai encore pas mal d'observations de la même veine à partager, il y aura donc d'autres articles à suivre... Pour ceux qui veulent rester dans ces questions linguistiques, je vous propose deux liens, empruntés à des collègues-blogueurs.

1) un test de langue : parlez-vous le suisse? Cela permettra de mesurer votre connaissance du français tel qu'il est parlé par les suisses romands. Je m'en suis tiré avec un 15/20, correspondant à la catégorie "Vous êtes Suisse, ou bien?". Comme dans tout questionnaire à choix multiple, avec un petit peu de bon sens, vous pouvez facilement atteindre la moitié. N'hésitez pas à me transmettre en commentaire le résultat de votre évaluation!

2) un sketch sur le vocabulaire, la géographie et les suisses allemands, la leçon de géographie de Marie-Thérèse Porchet. Comme ça, ça ne vous dit rien, mais vous reconnaîtrez peut-être ce personnage créé et interprété par le comédien Joseph Gorgoni, suisse romand de son état.

En attendant de réouvrir le chapitre vocabulaire, retournons à nos découvertes géographiques, avec, au programme, une escapade à Lucerne et à Zürich ainsi qu'une visite du Lavaux entre neige et soleil. Chouette alors!

mercredi 18 mars 2009

Un wallon dans le vallon

Continuons, si vous le voulez bien, notre examen des particularités de la langue française outre-Alpes.

Outre le fait que certains mots ou expressions soient propres au français romand (et inconnus dans le français "belge"), il y a également un accent fameux, ou plutôt des accents, selon que l'on se trouve dans le canton de Vaud, dans le Jura, en Valais, à Genève ou à Fribourg. Ce sujet, très intéressant, fera probablement l'objet d'un autre article (bien que je voie mal comment transmettre cela par écrit, sans compter le fait que je ne suis pas encore capable de distinguer ces différents accents).

Aujourd'hui, je m'arrêterai sur une particularité de prononciation : le "w". En Wallonie, il y a des wagons qui roulent dans les W.C. en discutant les concepts de la sociologie wéberienne. Tous ces mots sont prononcés avec un joli "ou", c'est qui est bien légitime, si c'était pour prononcer "v", on aurait mis un "v", l'alphabet n'est pas si con que ça tout de même. En France et en Suisse, on assure qu'en Vallonie, il y a des vagons dans les V.C. véberiens.

Qui a tort, qui a raison, je ne le sais. J'aurai tendance à dire, comme plus haut, que les "w", ce n'est pas pour les chiens et que si on a pris la peine de les inventer, ce n'est pas pour les prononcer en fades "v".

Comment expliquer cette différence? Aucune idée. Ou peut-être si, j'en ai une, assez farfelue. En France et en Suisse, la langue germanique de référence est l'allemand, qui prononce les "w" comme des "v". Ainsi, le teuton vous signifiant qu'il n'a pas compris que ce que vous venez de lui énoncer vous lancera un court mais suffisant "Was?" (prononcé [vas]). La concision allemande est magnifique.

En revanche, en Belgique, la langue germanique de référence est le néerlandais, qui prononce lui les "w" en "ou", comme dans "Wanneer wou jij de wagen wassen?" (parce que schatje, tu ne vas pas passer tout ton dimanche devant la télé hein, et de toute façon l'arrivée du Ronde, ce n'est pas avant 17h, et puis ce n'est pas du vrai sport tout le monde sait que Tom prend de la cocaïne, allez tout de même une fois tu sais bien hein).

Et donc, il se pourrait que d'un côté, on s'inspire de l'allemand pour prononcer les "w" comme des "v", et de l'autre, on s'inspire du néerlandais pour les prononcer comme des "ou". Ceci ne reste qu'une tentative d'explication.

Pour le cas bien connu de "Bruxelles", les choses sont plus simples : en flamand, il s'agit de Brussel, on a dû franciser en mettant un "x", mais - compromis belge - on a gardé la prononciation "ss". La preuve, en anglais, il s'agit bien de Brussels, et les autochtones y parlent le brusseleer. Nous, on le sait et on ne se laisse pas attraper, on prononce bien correctement "Brusselles", pas cons les mecs. Mais évidemment, les étrangers, français et suisses, ils n'en savent rien de tout cela (les ignares)! Ils prononcent donc "BruXelles" avec un gros "X", qui rend ça tout méchant kss-kss-kss alors qu'en fait c'est gentil tout plein et super chouette.

On en apprend des choses ! Je puis me fourvoyer, auquel cas n'hésitez pas à intervenir.

Bon, les enfants, n'oubliez pas de bien regarder à gauche et à droite avant de traverser (dans les clous, s'entend).

dimanche 15 mars 2009

C'est 19h28

En coup de vent, une autre spécialité linguistique. Ici, il sera normal d'entendre :

-"C'est quelle heure?"
-"C'est 19h28".

Chez nous, on préférera "il est quelle heure?" ou "quelle heure est-il?".

Encore une fois, je ne suis pas capable de vous dire s'il s'agit d'un suississisme ou d'un belgicisme.

Bon, l'essentiel c'est qu'on continue à s'instruire, ça, c'est bien. Sortez couverts !

vendredi 13 février 2009

Leçon de vocabulaire - module II

Le blog se réveille! Après deux mois de silence, il était plus que temps de reprendre les choses en main. Au-to-di-sci-pli-ne. Plusieurs d'entre vous m'ont fait remarquer mon relâchement... Que s'est-il passé sur ce laps de temps? Des vacances, en Belgique, puis un retour en Suisse, avec re-du boulot, des choses et d'autres, du temps qu'on n'utilise pas à alimenter son blog...

Réattaquons en force, si vous le voulez bien, avec une poursuite de notre leçon de vocabulaire. On avait causé d'unis, de kils, de Natel, de huitante. Avec le temps qui passe, j'ai repéré de nouvelles choses.

Un problème s'est assez vite posé : comment distinguer ce qui est propre à la Suisse romande de ce qui se dit... uniquement en Belgique? Je m'explique : quand je me pose des questions sur une expression particulière entendue ici, j'essaie de demander également à un français si cela lui paraît bizarre... si oui, nous sommes bien en face d'un "suississisme", si non, il s'agit d'un belgicisme!

Par exemple, l'adjectif "caillant" semble bien propre à nos latitudes... ainsi que le fait de "mordre sur sa chique" (je vous fais grâce des différences de signification du mot chique selon la localisation en Belgique, tout le monde sait bien que c'est un chewing-gum - même si les Liégeois, désirant toujours se singulariser, assurent que c'est un bonbon). Il y a également les classiques : le "à tantôt" ainsi que l'utilisation du verbe "savoir" dans le sens de "pouvoir" ("Est-ce que tu sais venir m'aider?"). J'ai appris progressivement que je faisais ainsi rire les Suisses et les Français, bien malgré moi...

Dernière petite spécialité belge, moins connue : la prononciation du "ui" en "ou-i". Comme dans "puis", "puits", "aujourd'hui", "cuire", "huit",... Le Belge a tendance à rajouter un petit "o" qui n'existe pas. Essayez à la maison, vous verrez. C'est assez difficile à entendre, moi j'ai du mal, mais apparemment c'est flagrant pour les Suisses...

Mais assez parlé de nous... parlons d'eux!
- "t'as meilleur temps" : pour "t'as plus facile". D'ici, t'as meilleur temps d'y aller à pied que d'attendre le bus.
- "bonne rentrée" : c'est marrant à remarquer et systématique. Après avoir passé une soirée avec quelqu'un, il sera de bon ton de lui souhaiter un bon retour. Cela se fait chez nous aussi, mais le "bonne rentrée!" a de quoi surprendre, car il serait plutôt utilisé à l'adresse des écoliers à l'approche du 1er septembre...
- "service" : encore une petite ellipse, renvoyant à "à votre service". Cela donne :
- Merci!
- Service!
- "ou bien" : un grand classique. Se rajoute en fin de phrase. Très pratique pour affirmer quelque chose, mais quand même demander l'avis de son interlocuteur. Je passe te prendre à huit heures... ou bien? Penser à incliner légèrement la tête et élèver l'intonation.
- "si jamais" : il existe chez nous aussi, donc je ne vais pas m'étaler. J'ai l'impression qu'il est fort utilisé ici.
- "j'entends" : attention, tic de langage potentiel. Peut être comparé aux "tu vois" ou "je veux dire". S'attrape très vite.
- "exas" : j'avais évoqué précédemment les abréviations différentes, comme "uni" et non pas "unif". Même chose ici : pour "examen", on dira "exa" et non "exam".
- "seulement" : comparable au "sans autre". Ainsi :
- Je peux?
- Faites seulement.

Voilà pour aujourd'hui. Ca vous fera le déjeuner... vu que c'est une belle tartine! MouaHAhhaha... hm.

jeudi 9 octobre 2008

Leçon de vocabulaire

Je sais pertinement bien que le peuple est avide d'images et de sensationnel. Malheureusement, ce post ne contiendra que du texte... à charge de revanche.

Le but de ces quelques lignes sera de vous initier au français. Hé oui! Je suis à Lausanne, en Suisse romande, on y parle bien français... mais, outre l'accent, il y a quelques différences notables avec le français que nous, wallons et bruxellois, utilisons. C'est là que cela devient intéressant...

Je ne suis là que depuis deux semaines, mais, tous les sens en éveil (euh.. surtout l'écoute en fait), j'ai déjà relevé quelques particularités du français parlé en suisse romande. Voici une première liste, susceptible d'être complétée au cours de mon séjour.

1) 80 se dit "huitante". Ainsi : "j'ai vingt-trois ans, je suis né en huitante-cinq".
Si quelqu'un pouvait me dire où on dit "octante", ça m'aiderait. Au Québec?

2) "Je suis stagiaire à l'université" devient, en abrégé, "je suis stagiaire à l'uni", et non "l'unif". C'est ainsi que l'Université de Lausanne s'appelle l'UNIL.
(En fait je suis stagiaire à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, l'EPFL, qui est distincte de l'UNIL, mais il fallait un exemple simple, comprenez-vous?)

3) Autre abréviation sympa : "kilomètres" devient "kils". "C'est à deux kils d'ici".

Euh.. je continue avec les exemples ou c'est trop pédagogique??

4) "Tu peux utiliser le téléphone sans autre" signifie "sans souci, sans problème". Il faut comprendre "sans autre considération", petite ellipse.

5) Un "Natel" est un GSM chez nous, un mobile en France, un cellulaire au Québec, etc. Sur la signification de Natel, je cherche encore. N'hésitez pas à m'aider (toutes les hypothèses humoristiques sur la signification de cet acronyme sont les bienvenues et contribueront à rendre ce blog interactif - je viens de lancer un concours là, dépêchez-vous)

6) "Tchô" signifie ciao, salut. Pour l'orthographe, j'imagine que ça s'écrit comme dans Titeuf. Tiens d'ailleurs Zep ne serait pas suisse?? Ceci expliquerait cela. C'est vraiment un truc typique ici, qu'ils utilisent pour dire bonjour comme au revoir. Au début c'est un peu déconcertant d'entendre des "tchôs!" à tous les coins de rue...

7) Un incontournable : "Salut, ça joue?" ou "Je passe à 10h, ça joue pour toi?" Il s'agit de l'équivalent de notre "ça va". Il peut également signifier "ça marche, ça fonctionne". Finalement, voilà une bonne manière de solutionner la blague vieille comme le monde : "alors, le stage, ça marche?" - "non, ça court, huhu". En l'occurence, ici, on pourra dire : "alors, le stage, ça joue?".
Je dois avouer que je l'aime bien, le "ça joue".

8) Typique également, l'adverbe "monstre". Vient sûrement de monstrueusement. C'est l'équivalent d'"hyper" ou de "vachement" chez nous. Ainsi : "c'est monstre-cool!" ou "c'est monstre-cher!".

9) "Je suis allé faire les commis" pour "faire les courses", abréviation de "commissions".

10) Plutôt que de dire "j'ai du mal à faire quelque chose", on privilègera "j'ai de la peine à faire quelque chose".

11) Une "bourbine" est une suisse allemande. Ils ont probablement beaucoup de vocables (plus ou moins railleurs...) pour s'appeler les uns les autres (NDLR allemands et romands). Je vous en dirai plus par la suite, un post sera sûrement consacré la relation entre les deux communautés (qui n'est pas sans rappeler un autre clash assez prégnant entre cultures germanique et latine, si si, cherchez bien).

Bon, travaillez-moi bien tout ça, interro la semaine prochaine.